« Misery » au Théâtre Hébertot : suspense intenable pour un grand spectacle

L’adaptation sur les planches du best-seller de Stephen King est une réussite. L’ambiance lourde de ce huis clos diabolique entre un romancier brisé par un accident de la route et son admiratrice psychopathe se prête parfaitement à la scène. Un spectacle ciselé avec soin et une maîtrise remarquable de l’art du suspense. Un thriller au théâtre ? Un plaisir rare à découvrir au Théâtre Hébertot.

Victime d’un grave accident de la route, Paul Sheldon (Francis Lombrail), un auteur à succès de romans à l’eau de rose, est recueilli par Annie Wilkes (Myriam Boyer), une infirmière « fan numéro un » de l’héroïne de ses livres, Misery. Le point de départ d’un huis clos dans une ferme reculée du Colorado, de plus en plus glaçant à mesure que se dévoile la vraie personnalité d’Annie.

Paul compte en effet faire mourir son héroïne pour mettre un terme à la saga Misery et donner un nouveau tournant à sa carrière littéraire. Intolérable pour Annie, qui se morphe en tortionnaire, pour prendre le contrôle de l’auteur et de son œuvre. Au fil des minutes, il apparait clairement que le face-à-face doit être fatal à l’un des protagonistes. Une lutte à mort s’engage.

Portée par une Myriam Boyer diabolique dans son rôle de psychopathe aux faux airs de Madame tout-le-monde, et un Francis Lombrail tout en maîtrise, la mise en scène de Daniel Benoin est exceptionnelle dans son rythme et dans sa justesse. Elle s’appuie sur une adaptation de William Goldman, scénariste du film « Misery » de 1990, qui valut l’Oscar de la meilleure actrice à Kathy Bates.

Il y a d’ailleurs quelque chose de Kathy Bates dans l’interprétation magistrale de Myriam Boyer. Cette capacité à créer de l’empathie avec le public, de construire un monstre à visage terriblement humain… et dans lequel chacun de nous peut voir des traits communs en même temps que l’abysse qui sépare le monstre de nos petits travers et de nos grandes névroses.

Une chose est certaine. Sur les planches, la magie opère. L’horlogerie de précision que sont les thrillers de Stephen King, se prête parfaitement à l’urgence d’une confrontation directe avec l’audience. Pas une minute, pas un geste, à ajouter ou à supprimer dans ce huis clos à haute tension, magistralement chorégraphié.

Ce « Misery » est un grand spectacle comme on en voit trop rarement au théâtre en France. Un thriller sur les planches comme on en crée régulièrement à Broadway (la pièce a été montée à New York en 2015 avec Bruce Willis et Laurie Metcalf), et qui nous permet d’étendre notre perception du théâtre et de la scène.

Ce thriller angoissant et jubilatoire est incontestablement l’un des événements de la rentrée à Paris. Présent la semaine dernière à Hébertot, Michel Bouquet a loué « un exemple de justesse dans le théâtre actuel », citant pêle-mêle la mise en scène, le décor, les costumes et l’interprétation. On n’est manifestement pas les seuls à avoir apprécié le spectacle !

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