Tunisie : Mounir Baatour, un leader homosexuel, candidat à la présidentielle

 

C’est une première en Tunisie ! Mounir Baatour, président du Parti libéral et ouvertement homosexuel, s’est porté candidat à l’élection présidentielle tunisienne de septembre prochain. Le 31 août, il saura si sa candidature est retenue ou non. Mais déjà, il est contesté au sein même de la communauté LGBTQ de Tunisie.

Mounir Baatour, un candidat comme les autres

Le printemps arabe, qui a balayé le régime du président Ben Ali en 2010, en Tunisie, continue de porter ses fleurs au fil des ans. Pour preuve, le pays vient d’enregistrer la candidature à la présidentielle prochaine d’un leader ouvertement homosexuel. Il s’agit de l’ancien avocat et président du Parti libéral Mounir Baatour. Sa formation politique souligne que cette candidature est « une première qui fera, nul doute, référence dans l’histoire ».

Bien que son profil soit inédit, Mounir Baatour estime qu’il n’est pas différent des autres candidats : « Le fait que je sois homosexuel ne change rien du tout. C’est une candidature comme les autres qui n’a rien d’unique. J’ai un programme économique, social, culturel et éducatif de tout ce qui intéresse les Tunisiens dans leur vie quotidienne », confie le leader politique à l’AFP.

« Nous ne soutenons pas la candidature de M. Baatour »

Notons que, si la Tunisie est l’un des pays arabes les plus progressistes, il subsiste encore là-bas les débris de l’islam rigoriste. Ainsi, la candidature de Mounir Baatour n’est pas forcément vue d’un bon œil par tout le monde, surtout les conservateurs. Pour ne pas arranger son dossier, le président du Parti libéral est contesté au sein même de la communauté LGBTQ, dont il se réclame. Près d’une vingtaine d’associations défendant les droits des personnes homosexuelles et trans en Afrique du Nord et sur le pourtour méditerranéen ont déclaré dans une pétition que Mounir Baatour représente un « danger » pour la communauté LGBTQ (Lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et en questionnement). Elles écrivent : « Nous ne soutenons pas la candidature de M. Baatour […] qui ne représente en aucun cas la communauté LGBTQ, ni notre mouvement en Tunisie […] Nous considérons que M. Baatour représente, non seulement une menace mais aussi un énorme danger pour notre communauté. », ont-elles estimé. Parmi les 18 signataires figure « Queer of the Bled », une association enregistrée en France qui veut rendre plus visibles les personnes LGBTQ migrantes et des pourtours de la Méditerranée.

Rendez-vous le 31 août

Le problème avec Mounir Baatour c’est qu’il avait purgé en 2013 trois mois de prison pour « sodomie » avec un lycéen de 17 ans. Mais il a toujours nié les faits. Mounir Baatour se bat depuis des années, au sein d’une association de défense des LGBTQ, Shams (« soleil » en arabe), dont il est co-fondateur, pour abroger l’article 230 du Code pénal qui punit de trois ans de prison la sodomie.

En Tunisie, les candidatures de personnes condamnées pénalement peuvent être acceptées, sauf si les jugements sont assortis d’une peine d’interdiction à se présenter. L’Instance indépendante chargée des élections (Isie) devra statuer sur la validité des candidatures le 31 août prochain. Quant à l’élection présidentielle, elle aura lieu le 15 septembre 2019.

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