L’économie française est ralentie par l’absence de budget
Faute de budget adopté pour 2026, la France avance au ralenti. L’État fonctionne sous le régime d’une loi spéciale, un dispositif transitoire qui permet d’assurer la continuité administrative, mais qui empêche toute nouvelle dépense, tout nouvel investissement et tout lancement de projet. Une situation provisoire qui commence déjà à peser lourdement sur l’économie, les entreprises, les ménages et les finances publiques.
Depuis le début de l’année, l’exécutif est contraint de gérer sans véritable loi de finances. Cette loi spéciale se limite à reconduire les décisions budgétaires de l’année précédente, sans marges de manœuvre supplémentaires. Aucun crédit nouveau ne peut être engagé, aucun programme lancé. Résultat : l’ensemble de l’appareil économique est placé en attente. Pour Roland Lescure, l’équation est simple : chaque jour sans budget alourdit la facture. Le ministre de l’Économie l’a rappelé début janvier dans les colonnes de Le Parisien : plus l’adoption du budget tarde, plus les conséquences financières s’aggravent.
Cette incertitude touche en premier lieu les acteurs économiques. Entreprises, collectivités territoriales et associations ignorent toujours le niveau des subventions dont elles bénéficieront ou les prélèvements fiscaux auxquels elles seront soumises. Dans ce flou, la prudence domine. Les projets sont gelés, les investissements reportés, les embauches différées et les revalorisations salariales mises entre parenthèses. L’économie tourne à vide, privée de l’élan que procure habituellement un cadre budgétaire stabilisé.
Certains secteurs stratégiques sont particulièrement exposés. L’industrie de la défense, par exemple, attend le vote de crédits supplémentaires estimés à près de sept milliards d’euros. Sans ces moyens, impossible de lancer de nouvelles commandes de matériels militaires ou de drones. Le même blocage se retrouve dans les forces de sécurité intérieure, la gendarmerie, la police ou encore l’Éducation nationale, où de nombreux projets restent suspendus à l’adoption du budget. Le constat est partagé : sans visibilité financière, il n’y a pas de politique publique ambitieuse possible.
Les ménages ne sont pas épargnés par cette situation. L’incertitude fiscale pèse sur la consommation. Ne sachant pas précisément quels impôts ils devront acquitter, de nombreux Français choisissent de mettre de l’argent de côté. Ce réflexe d’épargne pourrait peser sur les soldes d’hiver et, plus largement, sur la dynamique de la consommation. À cela s’ajoute un risque concret pour certains contribuables : en l’absence de budget, la revalorisation du barème de l’impôt sur le revenu en fonction de l’inflation ne peut pas être actée. Environ 200 000 foyers pourraient ainsi devenir imposables, simplement en raison du gel des seuils.
Au-delà de l’économie réelle, l’absence de budget fragilise également la position financière de l’État. La France vit déjà largement à crédit. Pour 2026, les besoins de financement atteignent un niveau record, avec 310 milliards d’euros d’emprunts prévus. Dans ce contexte, l’instabilité politique et budgétaire inquiète les investisseurs internationaux. Moins confiants, ils exigent des taux d’intérêt plus élevés pour prêter à l’État, ce qui alourdit mécaniquement la charge de la dette.
Chaque semaine de retard renchérit donc le coût futur pour les finances publiques, et in fine pour les contribuables. C’est ce cercle vicieux que le gouvernement cherche à éviter en appelant à un compromis rapide. L’objectif affiché est clair : parvenir à un accord budgétaire avant la fin du mois de janvier afin de relancer les investissements, restaurer la confiance et sortir l’économie française de cette phase d’attentisme coûteuse.
En attendant, le pays reste suspendu à une décision politique majeure. Car sans budget, l’État avance à pas comptés, et toute l’économie avec lui.
