Le RN dégaine une motion de censure contre la stratégie énergétique du gouvernement
Le Rassemblement national a décidé de passer à l’offensive. Le groupe conduit par Marine Le Pen à l’Assemblée nationale vient d’annoncer le dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement, après la publication par décret de la stratégie énergétique française à l’horizon 2035. Un choix de procédure jugé « illibéral » par le parti d’extrême droite, qui conteste à la fois la méthode et l’orientation du texte.
La tension monte autour de la politique énergétique de l’exécutif. Au cœur de la controverse : la publication, le 13 février, par décret, de la nouvelle feuille de route énergétique du pays pour la prochaine décennie. Un document stratégique qui fixe les grandes orientations en matière de production et de consommation d’énergie, et qui aurait dû, selon ses opposants, faire l’objet d’un débat et d’un vote au Parlement.
Un bras de fer institutionnel
Pour le groupe RN à l’Assemblée, le recours au décret constitue un passage en force. Marine Le Pen, présidente du groupe, avait prévenu qu’une motion de censure serait déposée si le gouvernement persistait dans cette voie. Lundi, la menace s’est concrétisée.
Le parti dénonce un contournement du Parlement sur un sujet structurant pour l’avenir du pays. Selon ses représentants, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui encadre les grandes orientations du mix énergétique français, aurait dû être débattue dans l’hémicycle. En s’appuyant sur un décret, l’exécutif se serait affranchi d’un passage législatif pourtant prévu par le code de l’énergie, estiment-ils.
Au-delà de la querelle juridique, le RN parle d’un « acte illibéral » et accuse le gouvernement de mépriser la représentation nationale. La motion de censure devrait être examinée au plus tôt mercredi, le règlement imposant un délai minimal de 48 heures entre son dépôt et sa discussion en séance publique.
Une critique de fond sur la stratégie énergétique
L’offensive ne se limite pas à la procédure. Sur le fond, le RN fustige ce qu’il qualifie de « politique décroissante ». Le parti reproche à l’exécutif d’encourager, selon lui, un modèle énergétique reposant excessivement sur les énergies renouvelables intermittentes, comme l’éolien et le solaire, au détriment d’une stratégie plus centrée sur le nucléaire.
Les députés RN dénoncent un « choix irrationnel » qu’ils attribuent en partie à l’influence de la Commission européenne. Ils estiment que la trajectoire retenue ferait peser des risques sur la stabilité du réseau électrique et sur les finances publiques, en raison des investissements nécessaires pour compenser l’intermittence de certaines sources d’énergie.
Le gouvernement, de son côté, défend une vision cohérente avec les engagements climatiques de la France et la nécessité de réduire la dépendance aux énergies fossiles importées. Présentée officiellement le 12 février, la nouvelle stratégie met en avant la relance de la consommation d’électricité décarbonée, en particulier d’origine nucléaire, pour remplacer progressivement le gaz et le pétrole.
Un équilibre délicat entre nucléaire et renouvelables
Contrairement aux accusations de ses opposants, l’exécutif insiste sur le rôle central du nucléaire dans la trajectoire énergétique à venir. La feuille de route prévoit un renforcement de la production d’électricité bas-carbone, avec un soutien renouvelé à la filière nucléaire française, tout en adaptant le rythme de déploiement des énergies renouvelables.
Le texte acte notamment un ralentissement du développement de l’éolien terrestre et du solaire par rapport aux ambitions initiales évoquées ces dernières années. L’objectif affiché est de trouver un équilibre entre souveraineté énergétique, compétitivité industrielle et respect des engagements climatiques.
Cette stratégie est le fruit de près de trois années de concertations, de débats publics et de reports successifs. Son adoption par décret marque l’aboutissement d’un processus long et politiquement sensible, dans un contexte de tensions sur les prix de l’énergie et de guerre en Ukraine qui a ravivé les enjeux de sécurité d’approvisionnement.
Une motion aux chances limitées
Sur le plan arithmétique, la motion de censure déposée par le RN a peu de chances d’aboutir. Jusqu’à présent, les initiatives similaires du groupe n’ont jamais obtenu le soutien des formations de gauche, qui se refusent à voter un texte porté par l’extrême droite, même lorsqu’elles partagent certaines critiques à l’égard du gouvernement.
La droite sénatoriale a toutefois exprimé, elle aussi, son mécontentement face au choix du décret. Au Sénat, où la majorité est détenue par Les Républicains, un débat doit se tenir à l’initiative de Gérard Larcher, président de la Haute Assemblée. Si cette discussion ne remettra pas en cause la validité du décret, elle souligne l’ampleur du malaise institutionnel autour de la méthode employée.
Dans un paysage politique fragmenté, la question énergétique devient ainsi un terrain d’affrontement majeur. Entre défense du rôle du Parlement, arbitrages budgétaires et choix technologiques pour les décennies à venir, la stratégie à l’horizon 2035 cristallise des visions profondément divergentes de l’avenir énergétique de la France.
Reste à savoir si cette motion de censure, même vouée à l’échec, contribuera à relancer le débat sur la place du Parlement dans l’élaboration des grandes orientations stratégiques du pays. Sur ce terrain, le gouvernement devra convaincre qu’il ne s’agit pas d’un simple exercice technocratique, mais d’un choix politique assumé.
